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Voici une petite nouvelle que j’ai écrite en quelques heures pour un club d’écriture. Il y avait un thème imposé : le "rhum". Or, comment en parler sans évoquer les Antilles, le "zouk", la beauté des filles des caraïbes ?

     
     



Alors, levons notre verre de rhum … et à la bonne vôtre !

——————————– Début du récit—————————————

A cette époque-là – Dieu que cela me semble loin déjà – je travaillais à Air France et je profitais pleinement des facilités de voyages que la compagnie offrait à ses employés.

Divorcé depuis peu, je sacrifiais volontiers à la mode agréable du « Sea Sex and Sun » et j’avais décidé d’effectuer un voyage en Guadeloupe où, disait on, ces trois ingrédients ne manquaient pas. Parmi mes collègues il y avait de nombreux antillais et, connaissant mes projets, ils n’étaient pas avares en conseils, notamment sur l’hébergement à moindre frais et sur les lieux où on pouvait dégotter des filles peu farouches.

L’un d’eux me prit à part et, baissant le ton comme s’il me confiait un secret d’état, me dit :

     -comme tu m’es sympathique, je vais te dire où trouver le meilleur rhum de l’ile. En somme le meilleur du monde puisque tu sais que c’est la Guadeloupe qui produit les meilleurs rhums ». (Le chauvinisme de nos compatriotes d’outremer en matière de rhum n’a rien à envier à celui des métropolitains pour leurs fromages)

Il se lança dans des explications complexes sur l’itinéraire à suivre, émaillé de noms de lieux tous très pittoresques comme les « Morne à l’eau » ou « Bouillante ».

Pour m’aider il me fit un petit croquis détaillé, me recommanda de dire que je venais de sa part et de bien préciser que je venais exprès pour le « rhum spécial jeunesse » : le Rhum du Père Faustin.

Comme je lui demandais quelques explications sur les vertus supposées de cet alcool il prit un air encore plus mystérieux et se contenta de grommeler entre ses dents :

 

 -tu verras … tu ne seras pas déçu. Tu retrouveras ta jeunesse, et avec ça aucune fille ne te résistera !

 

La semaine suivante j’arrivai à Pointe à Pitre, louai une voiture à l’aéroport, et me dirigeai vers le village de Gosier où quelqu’un m’avait donné une adresse d’hébergement chez l’habitant.

La chambre était assez propre et disposait d’une terrasse d’où j’avais une belle vue sur « l’ilet » situé au milieu de la baie de Gosier. Je délogeai quelques cafards du placard où ils avaient élu domicile et j’y déposai les affaires que j’avais emportées. Au milieu des vêtements bariolés que j’avais choisis pour faire jeune  et couleur locale je tombai sur le papier qui décrivait l’itinéraire vers le « meilleur rhum du monde ». Je l’empochai machinalement et me dis qu’à l’occasion …

 

Celle-ci se présenta deux jours plus tard quand mes déambulations touristiques m’amenèrent vers le village de Morne à l’Eau, point de départ de l’itinéraire tracé par mon ami.

Je le suivis scrupuleusement et me trouvai devant une petite « case » typique des Antilles au fond d’une allée de terre battue qui gravissait la pente du Morne. (C’est le terme créole qui désigne ces innombrables collines boisées des Antilles).La boutique ne payait pas de mine et je doutais fortement de trouver là le meilleur rhum du monde. Ah, que n’ai-je alors résisté à ma curiosité maladive et tourné les talons !

————– si vous voulez connaitre la suite cliquez ici ———————————————————

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 Le Rhum du Père Faustin

« Les bienveillantes » de Jonathan Littell.

 ATTENTION : POIDS LOURD!

Il y a des livres « évènement » : celui-ci en est un. Il tranche assez nettement sur les habituels et ronronnants prix Goncourt qu’il  faut attribuer chaque année ! En tout cas ne l’offrez pas ou ne le lisez pas avant d’avoir lu ce qui suit. (Moi, ma belle fille me l’a offert pour mon anniversaire)

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Lire ce livre est une épreuve de laquelle on ne sort pas indemne. Je ne sais pas si on peut conseiller ce livre à tout le monde. Je fréquente en tant que visiteur plusieurs « blogs » littéraires (dont celui de la québécoise Allie) mais aucun n’en fait mention. C’est qu’il faut d’abord escalader ce monument de 900 pages, très denses, avec très peu de dialogues. Ensuite peut-on dire à la fin qu’on a « aimé » le texte ? Je ne crois pas. Aime-t-on recevoir des coups de poings dans l’estomac ? C’est ce qu’on ressent tout au long de ce livre.

Le titre est inspiré de la tragédie grecque d’Eschyle « les Euménides » dans laquelle les terribles Erinyes poursuivent Oreste coupable d’avoir tué sa mère.

Ce livre est une somme de travail (5 ans d’après l’auteur) mais cela n’est pas exceptionnel pour ce genre d’ouvrage. Je trouve quand même que les détails sur la hiérarchie dans l’armée allemande et dans la Gestapo sont un peu fastidieux ! Ce qui est plutôt nouveau est qu’il se place du point de vue d’un membre d’un commando chargé de l’extermination des juifs en Ukraine. A-t-on l’habitude que le héros soit un salaud ?

Déjà en 1953 Robert Merle avait publié un livre intitulé « La Mort est mon métier » qui racontait les mémoires imaginaires du commandant d’Auschwitz. Il fut critiqué pour son aspect « romanesque » notamment par les anciens déportés. De la même façon certaines organisations juives ont critiqué les louanges faites au livre de Littell au prétexte qu’on peut y voir une certaine « banalisation » du génocide. Cela aurait été le cas si le ton de l’ouvrage avait penché un tant soit peu vers le « romanesque ». Or c’est tout le contraire : tout n’est que violence, noirceur, dégout, à l’image du « héros » pris par des crises de vomissements.

Plus qu’un roman historique les Bienveillante est avant tout un roman complet dans lequel on finit par entrer et cette acceptation constitue l’une des surprises du livre. Car à la fin la fresque prend le dessus et nous emporte dans un tourbillon de personnages et d’évènements, que ce soit dans le « kessel » (le chaudron en stratégie militaire) de Stalingrad ou dans la bataille finale de Berlin tant de fois décrite mais rarement avec un tel réalisme.

En prime on trouve un peu de tout dans ce roman : de l’Histoire (grand H bien sur …), de la Philosophie, de l’Economie (une étude "rationnelle" sur la nutrition dans les camps de concentration) et même une intrigue policière !

Alors, en conclusion, lire ou ne pas lire ? En guise de réponse quelques conseils :

  • Ne pas emporter comme livre de plage
  • Disposer d’un peu de temps libre (idéal pour un « retraité »)
  • Attendre plutôt la saison hivernale plus en harmonie avec l’atmosphère du livre

Voici le début d’un roman que j’ai commencé à écrire. Il a pour origine des évènements qui se sont réellement passés il y a une cinquantaine d’années et qui m’ont marqué. J’ai imaginé une suite à ceux-ci. Qui était le cadavre découvert dans la galerie ? Quelle avait été sa vie dans cette Afrique du Nord en partie romanisée ? Ce sont ces réponses qui constituent la trame de mon roman.

Pourquoi "insomnies" ? Vous le devinerez mais je souhaitais faire un clin d’oeil aux "Contes des Mille et Une Nuits" dans lesquelles j’incarnerais le sultan de Bagdad et l’âme du cadavre serait ma Shéhérazade.

Ne voulant pas "polluer" mon blog par ces histoires un peu longues, j’en ai créé un dédié aux nouvelles et romans que j’ai baptisé "lettres au vent". ( Adresse : http://lettresauvent.free.fr/ )



Pour voir le début de mon roman "insomnies" allez sur: http://lettresauvent.free.fr/index.php/insomnies/insomnies-1/



La suite viendra bientôt ….

 

Il y a des expériences qui marquent dans la vie. Avoir été « désenvoûté » en fait partie. Je vais vous raconter comment cela s’est passé pour moi.

Dans les années 50 mon père travaillait dans une mine de l’ouest tunisien. Comme il n’y avait pas de Lycée digne de ce nom au Kef (la ville la plus proche) je faisais mes études à Tunis, au Lycée Carnot. Mes parents m’avaient mis en « pension » chez la sœur de ma grand-mère, que j’appelais « tata » pour simplifier. Elle était d’origine italienne. Tout le monde l’appelait « Nanuzza » ce qui était un mystère puisque son vrai prénom était « Carmela ». Elle était très superstitieuse. Quand elle jouait au « loto » (oui ça existait déjà !), pour deviner les numéros gagnants elle me demandait les rêves que j’avais faits et les décodait pour les transformer en nombres. Ou bien, quand je m’installais sur le rebord de la fenêtre pour voir passer les gens dans la rue elle me demandait de les décrire. Le crayon à la main, pensive devant sa grille de loto et rêvant aux millions qu’elle n’a jamais gagnés, elle interprétait les signes que le destin lui envoyait. Un petit garçon qui courait en arrivant de la gauche c’était assurément le 12 ! Une vielle femme en noir imposait de jouer le 17.(Je dis ça comme ça au hasard, je ne voudrais surtout pas être responsable de votre prochaine grille !)

Elle recevait de temps en temps une amie qui lisait l’avenir dans les cartes. J’étais fasciné par ces cartes qui n’avaient rien des simples cartes à jouer. C’étaient de vrais tarots divinatoires, avec des personnages colorés et fantastiques, dont certains représentaient le diable, avec ses cornes, sa queue et ses sabots, ou la Mort avec sa grande faucheuse poursuivant des hommes terrorisés. La vieille tireuse de cartes s’appelait Bertha. Contrairement à son homonyme de la guerre de 14, elle n’était pas vraiment grosse ! C’était même le contraire. La description la plus simple que je pourrais en faire et de vous souvenir de la vielle sorcière qui vient empoisonner Blanche Neige pendant que les 7 nains sont au boulot.

L’année de mes 13 ans (encore un nombre magique !) j’ai eu quelques problèmes de santé. Plusieurs rhumes consécutifs, dus probablement à mes escapades dans les montagnes du bled tunisien pendant les vacances de Noël, et surtout deux « orgelets » consécutifs avaient persuadé ma tante que quelqu’un m’avait jeté le « mauvais œil ». En italien on dit : « il mal’occhio » et le fait de l’envoyer se dit « la jettatura ». Elle soupçonnait la voisine du premier étage, qu’elle détestait, et dont les sourires qu’elle m’adressait lui faisaient craindre le pire ! Dans de telles circonstances une opération de « désenvoûtement » s’imposait. Or, heureusement, la vieille Bertha ajoutait à ses compétences de cartomancienne celles de savoir enlever le mauvais œil.

Je me souviendrais toute ma vie de ma visite chez la vieille sorcière ! Bertha était pauvre. Ses talents ne devaient pas lui rapporter gros. Elle habitait sur la terrasse d’un petit immeuble, au centre de Tunis, dans une « buanderie » que le propriétaire avait du lui concéder à l’issue de quelque tractation secrète et dans laquelle la main du diable avait du intervenir. Beaucoup de maisons en Tunisie (et en Afrique du Nord en général) sont surmontées de toits en terrasse. C’est généralement le domaine des femmes (et des enfants), consacré aux lessives, au linge qui sèche au soleil, et aux confidences que les femmes se chuchotent à voie basse pour que les enfants n’entendent pas, sur leurs amours passées ou à venir.

 

            Les terrasses à Tunis

 

C’est aussi le domaine des chats que l’on nomme si justement de « gouttières ». Bertha en avait des quantités, attirés par ses restes de repas qui, si j’en jugeais par les nombreuses boites dispersées sur la terrasse, devaient se composer essentiellement de sardines à l’huile. La buanderie qui lui tenait lieu de chambre, de cuisine et de cabinet de travail, était petite. En fait il n’y avait de la place que pour un lit et une table. Je me souviens d’un détail incongru : sur le sommier du lit étaient posés au moins trois matelas superposés, ce qui donnait au lit une hauteur considérable et devait transformer le coucher en opération d’escalade.

Avant de procéder au désenvoûtement Bertha voulait s’assurer de la réalité du besoin. N’allez pas croire qu’on peut procèder à un exorcisme à la légère ! Il ne faut opérer qu’à bon escient et après un diagnostic sûr. Pour ce faire, Bertha prit une assiette, y versa un peu d’eau puis quelques gouttes d’huile. Comme les « yeux » qui surnagent sur un bouillon de poule au pot, les taches d’huile se promenèrent au hasard sur la surface du liquide, et s’agglomérèrent en formes arrondies irrégulières. Après examen de leur dispositions relatives Bertha assura ma tante qu’elle avait bien fait de venir car « ce petit a reçu le mauvais œil ». C’est là que commença l’opération proprement dite de désenvoûtement.

Bertha prit d’abord un couteau, ce qui causa ma première frayeur. J’étais à la fois terrorisé et curieux de savoir. Elle promena le couteau au-dessus de ma tête, sans doute (c’est du moins l’interprétation que j’en fis) pour couper les fils qui me reliaient au destin funeste que les taches d’huile lui avaient révélé. Ce faisant elle psalmodiait quelques mots incompréhensibles dans une langue qui ne ressemblait pas à de l’italien. (Je suppose que c’était un dialecte sarde aux étranges sonorités). Après de longues minutes qui me parurent interminables et pendant lesquelles j’essayais d’avoir un comportement digne et courageux, Bertha s’empara d’une aiguille à coudre ! Je fus pris d’un accès de terreur. Un instant j’imaginai que cette vieille folle allait me crever mon orgelet pour en extraire le pus ! Je repense rétrospectivement à cette scène et je m’imagine dans la peau de quelqu’un qu’on soumet à la torture ! Si on m’avait demandé d’avouer que j’avais volé la Joconde je l’aurais fait immédiatement ! Les mains de Bertha brandissant l’aiguille brillante s’approchèrent de mon œil. Je crois que j’ai hurlé.  On me rassura. On ne me voulait aucun mal ; au contraire ! La mélopée étrange recommença pendant que l’aiguille dessinait des croix devant mon orgelet, dangereusement prés ! Le rituel se poursuivit ainsi pendant un temps qui me parut très long.

Bertha assura ma tante que tout allait rentrer dans l’ordre. Pour faire bonne mesure elle lui offrit quelques gousses d’ail que ma tante devait accrocher derrière la porte de l’appartement, juste à coté des rameaux d’oliviers bénis à l’époque de Pâques (précisément aux rameaux).

C’est ainsi que j’échappais (sans doute provisoirement…) au Destin et c’est grâce à cela que je suis en mesure aujourd’hui de vous conter cette histoire.

 

L’évangile du serpent, de Pierre Bordage, est le premier volet d’une trilogie. Il est suivi par "l’Ange de l’abime" et "les chemins de Damas".





Pierre Bordage continue d’être classé dans le genre "science-fiction". Personnellement cela ne me dérange pas car j’en suis friand, mais cela pourrait éloigner un certain nombre de lecteurs qui passeraient ainsi à côté d’un très bon livre.



Ce livre raconte les histoires parallèles de 4 personnages dont le destin est (ou sera) lié à celui d’un nouveau messie venu d’Amazonie. Ce "prophète" prêche un retour à la nature et l’abandon de notre civilisation matérialiste et consumériste.

Très vite on comprend que son succès dérange le pouvoir en place et que, comme le Christ, ce pouvoir n’aura de cesse de l’éliminer.



Même si on n’adhère pas forcément aux thèses extrêmes du "new age" du type de celles des années 60, force est de constater que la société dans laquelle nous vivons nous encourage à vénérer le "veau d’or" et dérive un peu trop vers la consommation à tout prix . Dans ce livre on trouve quelques illustrations géniales. Ainsi la description de ce présentateur de télé "dopé à la coke", agité et provocateur, dans laquelle on croit reconnaitre Ardisson et ses méthodes pour satisfaire l’Audimat. Autre peinture saisissante : celle d’un groupuscule islamiste dans lequel l’un des 4 héros s’est infiltré. On frémit en pensant que le pouvoir peut laisser de tels groupes se développer pour manipuler l’opinion. (On songe aux révélations sur la connaissance que le FBI aurait eu des préparatifs terroristes avant le 11 septembre.)

Malgré ses 550 pages, ce livre se lit assez vite. Le découpage en 4 histoires parallèles évite la lassitude, d’autant que ces personnages sont d’origines très différentes : un jeune intellectuel, un journaliste désabusé, un tueur à gages et une strip-teaseuse. On suit avec intérêt leur destin et on attend l’instant où ils se retrouveront autour de Vaï Kaï, le nouveau Christ. Enfin, un bon dosage entre action et réflexion devrait satisfaire un large éventail de lecteurs.