La chute des murs de Jericho après que les Hébreux aient fait résonner sept fois leurs trompettes, a donné lieu à de multiples interprétations symboliques notamment celle d’une sorte de "lutte des classes" avant l’heure. Il n’est pas étonnant qu’on retrouve ce texte dans le chant "gospel", les noirs des banlieues et de Harlem en particulier y voyant le symbole de leur attente devant le mur invisible mais réel qui leur interdit l’accès au centre des grandes villes américaines. Notre époque contemporaine a vu fleurir ces murs derrière lesquels certains essaient de retarder les passages de malheureux attirés par les richesses supposées se trouver derrière eux.

  • rideau de fer préservant le communisme,
  • mur de Melilla empêchant les africains de pénétrer en Europe
  • mur frontière entre le Mexique et les USA
  • mur séparant les palestiniens des colonies israèliennes


La chanteuse Sister Nat a donné de ce chant une interprétation émouvante dans son concert du 8 juin à Dommiers. Voici un petit montage du film de sa prestation. Les images de la fin sont des archives publiques de l’INA montrant Rostropovich jouant Bach devant le mur de Berlin qui vient de tomber le 9 novembre 1989.

Voici le poème complet dont j’ai cité un extrait dans un article précédent.

Nota : Brassens l’a repris dans une chanson. Si vous voulez l’écouter cliquez ci-dessous. 


 

Jean Richepin

Les oiseaux de passage

Ô vie heureuse des bourgeois

Qu’avril bourgeonne

Ou que décembre gèle,

Ils sont fiers et contents

Ce pigeon est aimé,

Trois jours par sa pigeonne

Ça lui suffit il sait

Que l’amour n’a qu’un temps

Ce dindon a toujours

Béni sa destinée

Et quand vient le moment

De mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs

C’est là que je suis née

Je meurs près de ma mère

Et je fais mon devoir

Elle a fait son devoir

C’est à dire que onques

Elle n’eut de souhait

Impossible elle n’eut

Aucun rêve de lune

Aucun désir de jonque

L’emportant sans rameur

Sur un fleuve inconnu

Et tous sont ainsi faits

Vivre la même vie

Toujours pour ces gens là

Cela n’est point hideux

Ce canard n’a qu’un bec

Et n’eut jamais envie

Ou de n’en plus avoir

Ou bien d’en avoir deux

N’avoir aucun besoin

De baiser sur les lèvres

Et loin des songes vains

Loin des soucis cuisants

Possèder pour tout coeur

Un vicère sans fièvre

Un coucou régulier

Et garanti dix ans

Ô les gens bien heureux

Tout à coup dans l’espace

Si haut qu’ils semblent aller

Lentement un grand vol

En forme de triangle

Arrivent planent, et passent

Où vont ils?… qui sont-ils ?

Comme ils sont loin du sol

Regardez les passer, eux

Ce sont les sauvages

Ils vont où leur desir

Le veut par dessus monts

Et bois et mers et vents

Et loin des esclavages

L’air qu’ils boivent

Ferait éclater vos poumons

Regardez les avant

D’atteindre sa chimère

Plus d’un l’aile rompue

Et du sang plein les yeux

Mourra. Ces pauvres gens

Ont aussi femme et mère

Et savent les aimer

Aussi bien que vous mieux

Pour choyer cette femme

Et nourrir cette mère

Ils pouvaient devenir

Volailles comme vous

Mais ils sont avant tout

Des fils de la chimère

Des assoiffés d’azur

Des poètes des fous

bis

Regardez les vieux coq

Jeune oie édifiante

Rien de vous ne pourra

Monter aussi haut qu’eux

Et le peu qui viendra

D’eux à vous

C’est leur fiante

Les bourgeois sont troublés

De voir passer les gueux