« Les bienveillantes » de Jonathan Littell.

 ATTENTION : POIDS LOURD!

Il y a des livres « évènement » : celui-ci en est un. Il tranche assez nettement sur les habituels et ronronnants prix Goncourt qu’il  faut attribuer chaque année ! En tout cas ne l’offrez pas ou ne le lisez pas avant d’avoir lu ce qui suit. (Moi, ma belle fille me l’a offert pour mon anniversaire)

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Lire ce livre est une épreuve de laquelle on ne sort pas indemne. Je ne sais pas si on peut conseiller ce livre à tout le monde. Je fréquente en tant que visiteur plusieurs « blogs » littéraires (dont celui de la québécoise Allie) mais aucun n’en fait mention. C’est qu’il faut d’abord escalader ce monument de 900 pages, très denses, avec très peu de dialogues. Ensuite peut-on dire à la fin qu’on a « aimé » le texte ? Je ne crois pas. Aime-t-on recevoir des coups de poings dans l’estomac ? C’est ce qu’on ressent tout au long de ce livre.

Le titre est inspiré de la tragédie grecque d’Eschyle « les Euménides » dans laquelle les terribles Erinyes poursuivent Oreste coupable d’avoir tué sa mère.

Ce livre est une somme de travail (5 ans d’après l’auteur) mais cela n’est pas exceptionnel pour ce genre d’ouvrage. Je trouve quand même que les détails sur la hiérarchie dans l’armée allemande et dans la Gestapo sont un peu fastidieux ! Ce qui est plutôt nouveau est qu’il se place du point de vue d’un membre d’un commando chargé de l’extermination des juifs en Ukraine. A-t-on l’habitude que le héros soit un salaud ?

Déjà en 1953 Robert Merle avait publié un livre intitulé « La Mort est mon métier » qui racontait les mémoires imaginaires du commandant d’Auschwitz. Il fut critiqué pour son aspect « romanesque » notamment par les anciens déportés. De la même façon certaines organisations juives ont critiqué les louanges faites au livre de Littell au prétexte qu’on peut y voir une certaine « banalisation » du génocide. Cela aurait été le cas si le ton de l’ouvrage avait penché un tant soit peu vers le « romanesque ». Or c’est tout le contraire : tout n’est que violence, noirceur, dégout, à l’image du « héros » pris par des crises de vomissements.

Plus qu’un roman historique les Bienveillante est avant tout un roman complet dans lequel on finit par entrer et cette acceptation constitue l’une des surprises du livre. Car à la fin la fresque prend le dessus et nous emporte dans un tourbillon de personnages et d’évènements, que ce soit dans le « kessel » (le chaudron en stratégie militaire) de Stalingrad ou dans la bataille finale de Berlin tant de fois décrite mais rarement avec un tel réalisme.

En prime on trouve un peu de tout dans ce roman : de l’Histoire (grand H bien sur …), de la Philosophie, de l’Economie (une étude "rationnelle" sur la nutrition dans les camps de concentration) et même une intrigue policière !

Alors, en conclusion, lire ou ne pas lire ? En guise de réponse quelques conseils :

  • Ne pas emporter comme livre de plage
  • Disposer d’un peu de temps libre (idéal pour un « retraité »)
  • Attendre plutôt la saison hivernale plus en harmonie avec l’atmosphère du livre