L’ainé de mes petits fils a eu son bac cette année. Plutôt que reprendre des études ou se lancer tout de suite dans la vie "active" il a décidé, avec une bande de copains de Chalon-sur-Saône, de parcourir l’Amérique du Sud. En fait le groupe s’est scindé en deux : l’un - qu’on pourrait qualifier "d’au long cours" - est parti pour plus d’un an et il prévoit de faire la majeure partie de l’itinéraire à pied, l’autre -celui de Guillaume, composé de 3 personnes- a prévu de rentrer en décembre.(Ce sont : Guillaume, Victor, et Florent).



Guillaume

Ils ont créé un Blog sur lequel ils racontent leurs aventures : http://aventureamerique.blogspot.com/

Bien sûr ils ne disposent pas toujours de "cyber" cafés pour nous relater leurs exploits. De même ils ne disposent pas des logiciels de compression et retouches photos pour nous envoyer beaucoup de photos. Aussi je me permets de les reprendre et les remettre en forme.

Voici un aperçu de l’itinéraire prévu par le groupe que je continuerai à appeler "au long cours" :


Arrivés tous à Cayenne début Octobre, ils ont passés quelques jours à s’acclimater au climat en visitant les environ.

Ils nous ont fait parvenir les quelques photos suivantes :

 

 

Mangrove guyannaise
Mangrove
 

 

Futur beau papillon
Moustique géant
 

 

En route pour le bagne (iles du Salut)
Baignade pour tous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

L’étape suivante consistait à se diriger vers le Sud et la frontière brésilienne. Objectif : traverser l’embouchure de l’Amazone et arriver à Belem

 

 

On pourrait penser que ces lieux éloignés seraient préservés des mauvaises influences de notre civilisation. Le mythe du "bon sauvage" cher à Jean-Jacques Rousseau restera un rêve de philosophe ; nous avons exporté tous nos travers partout dans le monde, comme le montrait Michel Honorin dans ses reportages sur les indiens d’Amazonie. ci-contre une "buvette" installée aux abords de Santa Isabel, sur le fleuve Araguaia. A la tombée du jour cela se transforme en boite de nuit-bordel où viennent "danser" de jeunes métisses soucieuses d’arrondir leurs revenus. La nuit encore, le personnage central accoudé au bar se transforme en "travesti" brésilien afin qu’il y en ait pour tous les goûts! Vers la fin du séjour nous fûmes envahis par des fourmis, attirées par nos restes de nourriture. Rien ne résiste à ce type d’invasion spectaculaire : une vraie marée noire! Certes cela n’a rien à voir avec les images des films de terreurs dans lesquels les hommes sont dévorés vivants mais l’insistance de ces petits bestioles à occuper un territoire est assez irrésistible pour qu’on déménage illico. Un groupe d’indiens carajas qui nous avaient observé silencieusement et à notre insu depuis le début du séjour se manifesta au moment du départ.  L’un d’eux, un métis indien-brésilien, parlait portugais et nous pûmes ainsi communiquer. Nous leur avons laissé nos restes de provisions d’aliments de bases (farine de manioc, riz, pomme de terre, sel) et ils en étaient très contents.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils sont repartis avec ces provisions sur une petite pirogue très fine dont on se demandait comment elle ne chavirait pas.
En cliquant sur la photo ci-contre vous pourrez l’agrandir et voir les 2 tatouages circulaires traditionnels qui sont la marque des indiens carajas ainsi que le trou à la base de la lèvre inférieure, dans lequel est introduite une plume de perroquet ara lors des cérémonies rituelles. (On voit cette plume dans la photo du cacique des carajas dans mon article précédent.)Il faut noter aussi la grande ressemblance entre tous ces indiens, résultat des mariages consanguins, ce qui ne favorise pas la pérennité de la race…
Mon père pose avec les visiteurs pour la "photo-souvenir"

N.B Ces images ne sont pas très nettes car elles sont extraites d’un film 8 mm (capturé ensuite par une caméra numérique pour le conserver) Je vous livre ci-après des extraits de la fin de mon film. Les images ne sont pas de très bonne qualité car elles ont subies de nombreux traitements.Vous noterez la vie simple et près de la nature de la population de Santa Isabel Do Araguaia. Remarquez aussi l’adresse du petit enfant de 6 ou 7 ans enfourchant au galop un cheval monté "a cru". Le vrai "far west" c’est maintenant là-bas!

Les indiens de l’ile du Bananal appartiennent à la tribu des carajas (ou Karajas) l’un des 15 peuples amérindiens. Vivant au bord du fleuve Araguaia, sur des terres inondables, toute leur vie est rythmée par celle du fleuve et de ses cycles annuels :

  • montée des eaux
  • terres inondées
  • reflux
  • étiage

En période de crue la pêche est difficile; Par contre, lors du reflux et de la saison sèche, les petites mares regorgent de poissons "piègés" dans un espace réduit.

L’univers fluvial fournit aux Karajas tout ce dont ils ont besoin pour vivre: bois pour l’habitat et les pirogues, roseaux pour les flèches utilisées pour la capture du poisson, fibres de palmier pour fabriquer filets et nattes, herbes pour la médecine traditionnelle, colorants naturels et autres matériaux utiles à la confection de multiples objets, peignes, colliers, etc.

Lors de notre visite le chef des Karajas (on dit le "cacique") s’était mis en frais pour les photos (en fait il vit en jeans). Il nous a montré fièrement le réfrigérateur installé dans sa case, offert par les autorités brésiliennes, et qui servait de simple armoire de rangement faute d’électricité (il y avait une option "pétrole" qu’il n’utilisait pas).



En suivant grâce à Internet le devenir de ces populations j’ai appris que les brésiliens, jamais en retard de projets "pharaoniques" envisageaient de transformer un million et demi de kilomètre carrés ( 3 fois la France!) en monoculture de soja destiné à l’exportation notamment vers l’Europe. Déjà la "Trans-amazonnienne" a mis quelque peu à mal le sort de nombreuses tribus indiennes.

Parallèlement, et pour économiser les coûts de transport de cette production de soja, il est prévu de désenclaver ce secteur par l’aménagement de plus de 2500 kilomètres de voies navigables sur trois grands fleuves : Araguaia, Tocantins et Rio das Mortes.

Bref, 20000 indigènes vivant en symbiose avec les fleuves risquent de faire les frais des intérêts économiques internationaux et sont peut-être condamnés au musée.

On me voit sur la photo ci-contre pas peu fier de poser à côté du cacique avec mon chapeau de broussard de l’armée française et la poitrine bardée d’appareils photo et caméra!

L’intérêt principal de cette expédition fut pour moi la découverte de la nature à l’état "sauvage". Quelques années plus tard j’ai participé à un "safari" au Kénya : comparée à notre expédition au Brésil c’était une douce promenade touristique! Au Mato Grosso, nous vivions au milieu de la nature au sens propre : pas d’électricité, pas d’humains à des kilomètres à la ronde. Nous étions armés de revolvers portés à la ceintute (comme dans les "westerns") pour palier à toutes mauvaises rencontres : crocodiles, jaguar, ou … bandit de grands chemins. En ce qui concerne le banditisme dans ces régions, il ne s’agit pas de criminalité organisée ; c’est plutôt celle de la misère. Ne pas être armé - et ne pas montrer qu’on l’est- est une tentation pour quelqu’un qui veut s’approprier vos biens dans une région où la densité de forces de police au kilomètre carré est quasimént nulle. Si vous êtes tué, vous disparaissez dans l’immense forêt et il y a peu de chance qu’on vous retrouve jamais. On mettra votre disparition sur le compte d’un accident en forêt ou celui d’un crime commis par un indien. A ce propos, dans les réserves comme l’ile du Bananal, occupée par les indiens Carajas, les indiens avaient à cette époque le droit d’exercer leurs droits coutumiers, notamment celui des "crimes d’honneurs" consécutifs à une insulte familiale. Les "autorités" faisaient une sorte de "rappel de la loi" et passaient l’éponge pour la première fois mais la récidive voyait s’appliquer la loi brésilienne, à condition qu’on puisse mettre la main sur le coupable, ce qui s’avérait plus difficile que d’interpeler quelqu’un dans le maquis corse!

Les distractions principales étaient la chasse et surtout la pêche.



On voit ci-contre mon père pêchant à la traine un poisson typique des lagunes sud-américaines, appelé "tucunaré" reconnaissable à son point noir sur la queue. C’est une pêche assez sportive car le poisson est très combatif. Sa chair est excellente et réputée au Brésil.

Les bas de ligne doivent être en fil d’acier car de temps en temps on attrape des piranhas dont les dents auraient vite raison de n’importe quel fil de nylon.











Le gros poisson avec les bandes grises est précisément un tucunaré (famille des cichlidés). Au premier plan, avec le ventre orange, c’est un piranha. Contrairement à l’image véhiculée par la lecture de Spirou ce n’est pas un tout petit poisson et les plus gros spécimens peuvent atteindre le kilo. Pour enlever l’hameçon on a intérêt à avoir des gants de cuir et une pince.













On peut aussi tomber sur des monstres comme la terrible gymnote ou anguille électrique. Ses décharges peuvent atteindre 800 volts. Elle s’en sert pour paralyser les poissons mais une de ses décharges peut renverser un homme. Dans ces terres souvent inondées où le bétail se déplace en pataugeant on raconte qu’une gymnote peut même faire tomber une vache!

Entourant une gymnote prise par notre équipe on me voit sur cette photo à droite, équipé de mon appareil photos.





 

Il y a aussi des poissons qui sont de véritables "fossiles vivants" . Ils ont traversé des centaines de millions d’années sans évoluer car ils vivent toujours dans un milieu proche de celui du "carbonifère" des dinosaures : climat tropical, lagunes encombrées riches en déchets végétaux et animaux. Leur bouche en forme d’aspirateur fouille la vase à la recherche de nourriture. Les possesseurs d’aquarium connaissent des versions de tailles plus modestes qui nettoient le fond de l’aquarium des déchets que laissent les autres poissons.










Le camion d’assistance est quasiment indispensable quand on s’aventure dans les régions désertiques de l’intérieur du Brésil. (Désert au sens "humain" bien sur… car il n’y a QUE des arbres!)

Parmi les matériels qu’il emporte il y a les bateaux : très utiles pour se déplacer dans la forêt. Lorsque les véhicules ne peuvent plus aller plus loin c’est avec des bateaux qu’on voyage. La photo suivante montre l’emplacement idéal trouvé par ce magasin-bazar-bar-restaurant : à l’endroit où on peut traverser le fleuve à gué, il bénéficie à la fois des clients routiers et fluviaux ; de plus, en hauteur sur un talus, il risque moins d’être emporté par les crues du fleuve.



Il faut aussi emporter son carburant. Certes, les stations-services jalonnent les pistes principales mais quand on s’en éloigne il n’y en a plus. Les véhicules tout terrain et les bateaux ne pourraient plus s’approvisionner.

Il faut aussi des tentes et du matériel de cuisine, ainsi que de l’eau car même si on en trouve en quantité dans la nature, de nombreuses maladies  sévissent dans ces régions, transmises par des parasites aquatiques. Ceux qu’on ingère sont redoutables, voire mortels, mais d’autres s’infiltrent sous la peau. Bien que plus bénins, ils sont trés désagréables! (Leurs larves se nichent sous la peau, s’y installent et creusent de petits galeries sous-cutanées qui finissent par s’infecter en mal blanc. )

Le choix du bivouac est important. Au bord de l’eau, bien sur, mais aussi pas trop loin d’une piste car le camion n’est pas un engin tout terrain.

Nous avions choisi le bord d’une lagune interne de l’ile du Bananal, lagune trés "contractée" à la saison séche mais qui recouvre une grande partie de l’ile pendant la saison des pluies. Cette caractéristique de "contraction" fait que la densité de poisson y devient considérable, ces derniers étant piégés par le retrait des eaux. Cela explique les pêches miraculeuses qu’on y fait en quelques heures.

     

On voit sur les 2 photos ci-dessus la tente de mon père et moi (en bleu) et celle de Michel, un ami qui nous accompagnait. Faisaient aussi partie de l’expédition :

  • un major de l’armée brésilienne (intéressant pour le contact avec la FUNAI qui gère les territoires indiens)
  • Un ami de mon père, grand amateur de pêche
  • Le chauffeur du camion et son aide
  • un cuisinier

Si ajoutent donc les 2 Sudarovich (mon père et moi) et un grand ami de mon père : Michel.